Analyse des marchés
Bourse
By Alpian6 juillet 2026

Le marché en un coup d'œil : Laissez les adultes parler

Le sommet du G7 fait la une et les banques centrales haussent le ton ; ce mois-ci, on a l'impression que les adultes ont repris les commandes. Mais comme nous l'explorons dans «Le marché en un coup d'œil», les marchés actions n'écoutent qu'à moitié, préférant courir après les dernières tendances brillantes pendant que les décideurs tentent de maintenir l'ordre.

Dans la section «Salle de démystification», nous prenons du recul par rapport au bruit macroéconomique pour aborder une question fondamentale : où va réellement votre argent lorsque vous investissez ? Attention, révélation : la plupart du temps, ce n'est pas là où vous pensez.

Enfin, nous nous associons aux experts de PLUS pour décrypter la récente décision de la Banque nationale suisse de maintenir les taux à 0.00% et ce que ce statu quo discret signifie pour vos hypothèques et vos investissements.

Bonne lecture.

Le marché en un coup d'œil: Laissez les adultes parler

Chanson du mois : «The adults are talking» de The strokes

Alors que les températures grimpent et que l’été s’installe, Genève sort lentement de sa torpeur post‑G7… Les commerces se débarricadent, les fans de foot se ruent dans les bars et nos enfants vers les piscines. Les adultes ont parlé, nous pouvons reprendre une vie normale. Et pour fêter ce déconfinement, et accompagner cette chronique de marché, j’emprunte au groupe de rock américain The Strokes leur tube«The Adults Are Talking».

Pendant que certains protestaient et que les contribuables mettaient la main à la poche, les adultes discutaient donc. De quoi exactement ? On n’en saura pas tout.

Au cours de ce G7, entre invités surprises, déclarations chocs et course aux selfies, les dirigeants des grandes puissances se sont attaqués à des enjeux stratégiques majeurs : conflits armés, dépendance aux minerais critiques, déséquilibres macroéconomiques jugés dangereux, et montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Beaucoup de buzz, peu de décisions, mais au moins l’annonce d’un accord entre les États‑Unis et l’Iran. Si laisser les adultes parler permet de sauver des vies, alors on veut bien rester dans notre chambre.

Points clés:

  • G7, accord de paix… en juin, les adultes reprennent la main.

  • Mais les marchés actions n’écoutent qu’à moitié : performance en dents de scie et toujours une préférence pour ce qui brille.

  • Côté obligataire, les banques centrales reprennent la parole et durcissent le ton.

  • Avec la perspective d’un accord entre les États‑Unis et l’Iran, le pétrole revient à des niveaux plus bas, tandis que l’or poursuit sa correction.

  • Côté actifs digitaux, les cryptomonnaies prennent des allures de patate chaude et les sorties de fonds se poursuivent.

Ce qui s'est passé sur les marchés actions

Les marchés actions, eux, n’ont pas franchement réagi à la nouvelle. S’ils sont restés sages, c’est peut‑être qu’ils étaient occupés devant leur console de jeu vidéo. L’IPO de SpaceX, c’est quand même plus excitant que de rester à table à écouter les grands parler.

À l’exception du marché américain, la plupart des indices enregistrent une légère hausse depuis le début du mois, même si la progression reste poussive. Le marché continue d’évoluer à deux vitesses : d’un côté, les valeurs (supposées) bénéficiaires de l’IA ; de l’autre, tout le reste. Et, fidèles à eux‑mêmes, les investisseurs restent attirés par ce qui brille. La course à la plus grande capitalisation boursière continue de fasciner : en à peine quelques semaines, trois entreprises ont rejoint le club très fermé des « trillionnaires » (Micron, SpaceX et Eli Lilly). Ça sent un peu l’exubérance, même si nombre d’épées de Damoclès qui pesaient sur les marchés ont été levées.

Ce qui s'est passé sur les marchés des obligations

Un autre adulte qui a parlé, c’est Kevin Warsh, le nouveau patron de la Fed. Son accession à la tête de la banque centrale américaine est source de spéculations depuis plusieurs mois. Son premier discours annonce une rupture avec le style de son prédécesseur, Jerome Powell : une volonté de réformer la Fed en profondeur, une priorité claire donnée à la stabilité des prix, ainsi qu’un style de communication différent. Pour l’instant, le marché obligataire observe, mais table sur une hausse des taux d’ici septembre.

De l’autre côté de l’Atlantique, la Banque centrale européenne a pris les devants pour combattre l’inflation, qui repointe le bout de son nez depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Elle a procédé à une hausse de taux de 25 points de base, brisant la monotonie dans laquelle nous étions installés depuis plus d’un an.

Enfin notre propre Banque nationale suisse joue la montre, choisissant de lutter contre la force du franc plutôt que contre l’inflation. Dommage pour les épargnants, mais au moins le spectre des taux d’intérêt négatifs semble désormais appartenir au passé.

Ce qui s'est passé sur les marchés des matières premières, des devises et des actifs numériques

Du côté des matières premières, le baril reste au centre de l’attention. La perspective d’un accord de paix durable en Iran a contribué à calmer les tensions. Le pétrole s’échange autour de 74 USD au moment où j’écris ces lignes. Pendant ce temps, l’or poursuit sa correction. Rien de bien surprenant au vu de sa performance ces dernières années, largement dopée par la spéculation.

Enfin du côté des cryptomonnaies, le régime semble avoir changé. Là où il y a encore un an, la moindre nouvelle suffisait à propulser les cours, la dynamique s’est aujourd’hui inversée : même les bonnes nouvelles peinent à raviver l’intérêt. Le bitcoin prend ainsi des allures de patate chaude, que chacun hésite désormais à conserver trop longtemps. On aurait bien besoin de l’intervention d’un adulte pour rallumer la flamme.


Pour conclure, le mois de juin a été globalement porteur de bonnes nouvelles. Ce G7, politiquement tendu, aura au moins eu le mérite de remettre les adultes autour de la table. De nombreux voyants sont repassés au vert, et c’est une bonne nouvelle pour les marchés.

Évidemment, le risque est qu’il faudra désormais d’autres bonnes nouvelles pour pousser les cours plus haut et surtout que les mauvaises restent à l’écart. Et ce n’est pas une mince affaire, surtout lorsque les marchés flirtent avec leurs plus hauts historiques et les investisseurs avec les grands nombres.

Et qui sait ce qui peut se passer quand on a laissé les enfants trop longtemps devant la télé ?


Salle de démystification: Où va réellement votre argent quand vous investissez?

Quand on parle d'investissement, le récit semble simple. Vous investissez dans une entreprise, votre argent l'aide à croître, et vous bénéficiez de son succès. C'est une histoire séduisante, mais elle est incomplète dans la plupart des cas.

Une analogie simple éclaire ce point. Acheter une action, c'est comme acheter une voiture. Si vous l'achetez directement chez le concessionnaire, votre argent va au constructeur. Si vous l'achetez via AutoScout, il va au propriétaire précédent.

Les marchés financiers fonctionnent de façon similaire. Les entreprises ne reçoivent votre argent que lors de l'émission de nouvelles actions, pendant une introduction en bourse, une augmentation de capital ou un placement privé. Une fois émises, ces actions s'échangent sur le marché secondaire, où les investisseurs achètent et vendent entre eux.

Et c'est là que se concentre l'immense majorité de l'activité.

Concrètement, la plupart du temps, quand vous investissez, votre argent ne va pas à une entreprise. Il va à un autre investisseur. Vous n'injectez pas de nouveau capital, vous transférez simplement la propriété. Cette distinction peut paraître technique, mais elle a des implications importantes. Si l'argent ne fait que changer de mains, est-ce vraiment important ? Oui, à cause du prix.

Le prix auquel les investisseurs acceptent d'acheter et vendre les actions d'une entreprise a des conséquences réelles. Un cours élevé facilite les futures levées de fonds, permet d'utiliser les actions comme monnaie d'échange pour des acquisitions, et rend plus attractives les rémunérations en actions pour les employés. Il façonne aussi la perception de l'entreprise par le marché.

Les prix de marché fonctionnent comme les valeurs immobilières. Si la valeur d'un bien augmente, il devient plus facile d'emprunter contre ce bien, de l'utiliser comme garantie, ou de le vendre dans de meilleures conditions, même sans transaction récente. C'est pareil pour les entreprises.

Cela relativise aussi l'idée d'«impact». Si la plupart des investissements ne financent pas directement les entreprises, l'idée qu'acheter une action soutient immédiatement une entreprise est exagérée. Cependant, l'allocation du capital n'est pas neutre non plus. En dirigeant la demande vers certaines entreprises plutôt que d'autres, les investisseurs influencent la valorisation et, indirectement, les conditions de croissance.

Au final, investir ne consiste pas seulement à financer des entreprises. C'est acquérir une participation dans un système où les prix sont constamment façonnés par d'autres investisseurs. La plupart du temps, vous ne donnez pas d'argent à une entreprise. Vous achetez une part à quelqu'un d'autre. Et c'est précisément pourquoi investir consiste moins à réagir au marché qu'à choisir comment vous y positionner.


BNS : quatrième statu quo à 0.00%… mais jusqu'à quand ?

Article écrit en collaboration avec PLUS, expert suisse en comptabilité, fiscalité, assurances et hypothèques.

Trois mois après sa dernière décision, la Banque nationale suisse (BNS) a choisi de maintenir son taux directeur à 0.00%. Cette annonce, la quatrième pause consécutive à ce niveau, était largement anticipée.

Pour les propriétaires, les futurs acquéreurs et les investisseurs, cette annonce prolonge un environnement de financement globalement favorable. Les hypothèques SARON restent soutenues par la politique monétaire actuelle et les taux fixes continuent d'évoluer dans des conditions relativement stables.

Mais derrière ce nouveau statu quo se cache un message plus subtil : si la BNS ne bouge pas aujourd'hui, elle ne ferme aucune porte pour demain.

Découvrez ce que ce statu quo discret signifie pour vos hypothèques et vos investissements…

BNS : quatrième statu quo à 0.00%… mais jusqu'à quand ?